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03 Septembre 2020

La maison Abbeyfield, une alternative à la maison de repos - La Libre Belgique 22 juillet 2020

La maison Abbeyfield, une alternative à la maison de repos : "On vit ensemble, chacun selon ses envies"

La Libre Belgique, Annick Hovine

Abonnés Publié le 22-07-20 à 09h01 - Mis à jour le 22-07-20 à 13h45

L’épidémie de coronavirus a mis en lumière les défaillances et les fragilités de nos sociétés. Quelles leçons notre pays peut-il en tirer ? Quels changements pourraient être mis en œuvre sans attendre et pour être opérationnels dans un horizon de cinq ans ?


La Sambre clapote au-delà de la rangée serrée de maisons. Il faut passer le porche de l’ancienne brasserie (qui appartient aujourd’hui à la Régie foncière de la Ville) et traverser la cour. Au fond, à gauche, une porte blanche ouvre sur le Tour de table, un habitat groupé pour personnes âgées. La maison comprend huit studios, dont deux au rez-de-chaussée, un petit jardin, et un (étroit) ascenseur. Et, au premier étage, une grande pièce commune qui fait à la fois cuisine, buanderie, salle à manger et salon. C’est ici, sous le magnifique plafond voûté de briques, que bat le cœur de cette maison Abbeyfield qui s’est ouverte il y a douze ans au centre du Vieux Namur.

Huit maisons Abbeyfield en Belgique


Les fauteuils, meubles, canapés et guéridons ont été amenés par les premiers habitants. Du persil pousse dans une jardinière près de la fenêtre, et des potirons dans le jardin.
Françoise (83 ans), Anne-Marie (69 ans), Mirella (62 ans) et Lucienne (73 ans) se sont installées, chacune à sa place, autour d’un carré inégal formé de deux tables rectangulaires. "C’est vrai, on a pris l’habitude, on s’assied toujours au même endroit", rit Mirella. Comme dans une famille. L’"autre Françoise" (72 ans) viendra les rejoindre après sa séance de kiné. Dans la maison, il y a encore Daniel (64 ans), le seul homme - qui est en vacances en Suisse - et Paule, la soixantaine, qui ne participe pas vraiment à la vie communautaire. "Chacun est fort différent, avec son histoire et il faut faire avec", commente Françoise.


Le concept Abbeyfield est né outre-Manche au milieu du siècle dernier. Interpellé par la solitude et l’isolement des personnes âgées, l’Anglais Richard Carr-Gomm décide d’agir en achetant une petite maison où il invite deux seniors solitaires : la première maison voit le jour dans la rue… Abbeyfield. Le réseau compte aujourd’hui 500 habitats groupés dans 9 pays, dont 8 en Belgique. Sauf exception, les candidats habitants doivent être âgés entre 60 et 75 ans à l’entrée.


"C’est moi qui ai gagné"


Chaque maison Abbeyfield est constituée en ASBL et tous les habitants (ils sont actuellement 7 au Tour de table ; un studio est libre) en font partie. Si Françoise n’a pas de rôle officiel dans la maison, son statut de pionnière et son caractère décidé la désignent comme déléguée. Elle est entrée ici avec son mari, entre-temps décédé, il y a douze ans. "On avait une grande maison avec jardin, à la campagne, où on était très bien." Mais l’âge avançant, l’entretien devenait compliqué. L’infirmière retraitée était tentée par un habitat communautaire ; son mari était réticent. "C’est moi qui ai gagné", glisse-t-elle. "Ce que femme veut, Dieu le peut", place Lucienne. Rires complices autour de la table.

Les itinéraires de vie des unes et des autres se sont rejoints ici. L’"autre Françoise" a intégré le Tour de table il y a juste un an "pour casser la solitude". Dans son immeuble, les voisins ne se parlaient pas : "Je commençais à faire une dépression." Lucienne est arrivée il y a 3 ans, suite à des ennuis familiaux. La cohabitation avec son fils, après le décès de son mari, était compliquée. "Ici, ça va. L’entente est bonne", sourit-elle.

Une vie privée et une vie commune

Mirella, qui a emménagé il y a un an et demi, après une hospitalisation pour des problèmes d’alcool, a une nature plus enthousiaste. "Je ne voulais plus être seule tout le temps dans mon appartement. C’est mieux ici qu’une maison de repos. On n’est pas obligé d’être tout le temps là ni de faire tout ce que les autres font."

Au Tour de table, on petit-déjeune ensemble le samedi matin et on organise un déjeuner commun un midi par semaine. Il y a aussi la réunion hebdomadaire pour la gestion de la maison, où les habitants discutent du frigo à remplacer, du menu du prochain dîner, de la disponibilité de la salle commune quand l’une ou l’autre veut organiser une fête de famille…
Mais c’est tout. C’est rare qu’on regarde la télé le soir dans la salle commune ; l’habitude est plutôt de se retirer dans son studio. Il arrive que l’une et l’autre se retrouvent pour une papote ensemble au jardin, un cinéma ou une promenade. "Mais c’est selon ses envies", précise Anne-Marie. "Chacun fait sa vie. Ce qui est intéressant, c’est qu’on a une vie privée et une vie commune", résume Mirella. "La liberté est quasi totale", embraie Françoise. "Mais il faut se respecter les uns les autres." Si on s’absente quelques jours de la maison, c’est mieux de prévenir les cohabitants, pour éviter qu’ils s’inquiètent. À l’entrée, un tableau blanc Velleda permet de rappeler l’un ou l’autre point d’agenda.

"C’est une solution en or !"

Le coût du fonctionnement de la maison (loyer, charges…) est réparti entre les résidents qui paient une participation aux frais mensuelle dont le montant est fixé par l’assemblée générale.

À Namur, il tourne autour de 520 €, auxquels s’ajoutent les repas, les soins, les loisirs… Pour des personnes âgées avec de petits revenus, habiter une maison Abbeyfield, c’est financièrement avantageux. "C’est une solution en or !, tranche Françoise. On laisse les gros soucis dehors et on ne coûte rien à l’État." Mais cette solution n’est pas accessible à tous les seniors : il n’y a pas d’infirmières, de soignants, de psychologues… liés au Tour de table, comme dans les maisons de repos ou les résidences-services. Il faut être autonome et plutôt en bonne santé. C’est donc une formule de transition entre la maison et la maison de repos. "Mais on est bon pour 20 ou 30 ans !"

Et après ? Les réponses fusent. "On n’y pense pas", dit l’une. "On vit au jour le jour et on ne pense pas au pire", lance une autre. "On profite de ce qu’on a et on verra pour la suite", dit une troisième. Toutes ces dames sont bien conscientes qu’elles ne finiront pas leurs jours ici. "De toute façon, les maisons de repos ne veulent pas de nous maintenant : on est encore trop bien pour elles", tranche Anne-Marie.

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